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Philologue, docteur en philosophie, premier recteur de l'Académie de Neuchâtel, fondateur de la Société des Missions, Abram-François Pétavel semble avoir accompli une vocation prémonitoirement inscrite dans son prénom. Le grand désir de sa vie fut en effet de voir se rapprocher les peuples juifs et gentils, les israélites et les chrétiens ; figure importante, parmi les précurseurs du sionisme, qui pour la plupart s'exprimaient en anglais ou en allemand, il compte comme l'une des rares à être d'expression française.
Ce n'est jamais sans émotion qu'on lit au bas de ces textes
annonçant le retour des Juifs en Palestine, une date vieille de plus
d'un siècle et demi. L'admiration ne doit point s'arrêter à l'homme
mais remonter plus haut, à sa source, la Parole du Dieu d'Israël, la
Bible, qui elle, promettait depuis des millénaires cet événement.
Bien entendu les adversaires systématiques de toute prophétie ne
s'en laisseront pas impressionner : ceux qui sont revenus dans leur
terre d'origine, disent-ils, l'ont tout bonnement voulu, ils ont
accompli sciemment l'interprétation qu'ils donnaient aux passages de
leurs livres saints. Répondons-leur qu'ils oublient que la totalité
des peuples étaient opposés au sionisme à ses débuts, y compris les
chefs religieux juifs eux-mêmes ; si donc ce retour a eu lieu, il faut
admettre que ce fut en dépit de toute probabilité. De manière
semblable, certains prétendent que Jésus-Christ a voulu réaliser ce qui était écrit dans les prophètes ; et cependant il n'a évidemment pas choisi de naître à Bethléem...
A ceux qui refusent d'admettre que Dieu puisse intervenir dans l'histoire humaine, et qui ne reconnaissent rien de miraculeux dans la résurrection de l'Etat d'Israël, il convient maintenant d'annoncer une autre prophétie, dont certes, ils ne pourront pas prétendre cette fois que ceux qui en sont l'objet ont voulu l'accomplir : tous les Juifs finiront par se convertir à Jésus-Christ ; tous les juifs deviendront des chrétiens ! (comme par ailleurs tout vrai chrétien est devenu juif, fils d'Abraham, par la foi au Dieu d'Abraham). Cela, qui peut le croire aujourd'hui ? Et cependant cette prédiction s'accomplira de manière aussi certaine que la première qui annonçait le retour des Juifs en Israël.
Folie ! Dira-t-on, voyez le lourd contentieux qui s'est accumulé entre les deux peuples ; comment ceux qui ont été si souvent et si cruellement persécutés par des nations qui se disaient chrétiennes se convertiraient-ils à leur religion ? Ils se trahiraient eux-mêmes ! Abram-François Pétavel lance ce trait surprenant, mais pourtant conforme à l'Ecriture : Ils se convertiront comme Saul de Tarse sur le chemin de Damas, de manière inattendue, brutale, et complète. L'apôtre Paul est l'emblème du peuple juif à venir. Le Nouveau Testament nous apprend encore qu'Israël se tournera vers Jésus-Christ quand les nations autrefois chrétiennes s'en seront détourné et cette circonstance semble s'approcher étrangement.
Tout au long de sa carrière A.-F. Pétavel n'a cessé de multiplier
écrits et conférences visant à rallumer chez le peuple juif l'espoir
du retour, et surtout à l'exhorter de reconnaître en Jésus le Messie promis par Moïse et les prophètes. Frédéric Godet fut un de ses élèves et c'est sous son enseignement, nul doute, que s'est formé en lui la certitude des destinées finales d'Israël, le peuple qui après avoir été si prodigieusement éprouvé dans sa dispersion, servira de modèle aux autres peuples et les amènera à la connaissance du vrai Dieu.
Cependant la transformation tant attendue ne s'accomplira pas sans une dernière crise. Car l'idéal terrestre et charnel d'un messie qui s'impose par la ruse ou la force, celui qui a réclamé la mise à mort de Jésus-Christ, n'a pas disparu, il attend son heure. Une partie du peuple juif se laissera encore séduire par lui. Un faux messie, paraîtra, comme il y en a eu tant déjà. Conformément à l'ordre donné dans la Loi : ...tu prendras un roi du milieu de tes frères, tu ne pourras pas te donner un étranger, qui ne soit pas ton frère. (Deutéronome 17.15), c'est du sein d'Israël qu'il surgira, pour être la verge qui châtiera les nations prétendument chrétiennes : Rome a détruit Jérusalem, par Jérusalem Rome sera détruite. Les effrayants fléaux décrits dans le dernier livre de l'Ecriture iront croissant, jusqu'à ce qu'enfin, tel l'éclair qui terrassa Saul, paraisse le Seigneur. S'accomplira alors la parole de Zacharie : Et ils tourneront les regards vers moi, celui qu'ils ont percé. Ils pleureront sur lui comme on pleure sur un fils unique, ils pleureront amèrement sur lui comme on pleure sur un premier-né.
Peut-on encore lire A.-F. Pétavel ? Certainement ! nombreux sont aujourd'hui les chrétiens évangéliques qui ne perdent pas une occasion de faire savoir, par de saints hurlements, qu'ils soutiennent Israël. Mais où sont ceux qui ont le courage de lui parler comme le fait Pétavel, de lui rappeler que c'est à cause du rejet de Jésus qu'il a ainsi souffert, et de lui annoncer sans ambages que jusqu'à qu'il se repente de cette réjection il devra continuer à en porter la peine ? :
Les blessures d'un ami prouvent sa fidélité, mais les baisers d'un ennemi sont trompeurs. Proverbes 27.6
Oui, Abram-François Pétavel fut bien un authentique et ardent Amant de Sion. En refermant son poème, magnifique offrande au peuple qu'il aimait, exhortation passionnée digne d'Etienne s'adressant au peuple de Jérusalem, on ne peut que répéter dans son cœur : Quelle histoire que celle du peuple juif ! Quel Dieu que celui d'Israël ! Oh, veuille qu'il fasse que plusieurs des fils de Jacob, lisant cette œuvre, en soient bouleversés à salut !
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