Notice ThéoTEX

Jamais acquérir les ouvrages nécessaires pour pouvoir lire le Nouveau Testament dans sa langue originale n'aura été aussi aisé qu'à notre époque du numérique. Tandis que naguère il fallait commander une pile de livres aussi coûteuse que volumineuse, une pincée de dollars suffit aujourd'hui pour posséder à portée de clic un interlinéaire avec liens vers l'analyse complète de chaque mot. Il n'est pas certain toutefois que ceux qui ont à charge d'enseigner les écrits des Apôtres les lisent davantage dans le texte pour autant. En fait, comparant les compétences exigées des pasteurs il y a un siècle, on constate qu'il aurait été alors inconcevable qu'un ministre protestant ne sache pas lire le grec du Nouveau Testament. Il est vrai que l'étude des langues anciennes constituait la partie essentielle des humanités, ce qui n'est plus le cas depuis longtemps. Cependant, si pour devenir un helléniste passable, capable de lire Homère, il faut bien, d'après les spécialistes, dix ans de travail acharné, la κοινή des premiers chrétiens est beaucoup plus abordable à tout un chacun. Preuve en est que des hommes d'origine modeste, dont le grec n'était pas la langue maternelle, Pierre et Jean pour n'en citer que deux, l'ont assez maîtrisée pour écrire eux-mêmes, sans trop d'incorrections, les versets que nous étudions.

Il est donc assez étonnant que la facilité moderne d'accès au grec biblique n'ait produit en général rien de plus que de puériles démonstrations de vanité derrière le pupitre, et non cette familiarité avec le texte que possédaient les pasteurs d'antan. On entonne quelque scie sur la mirifique différence entre ἀγαπάω et φιλέω, qui doit nous inciter à dédaigner les affections terrestres ; on informe le public extasié, que la langue grecque, semblable au turc de Covielle s'adressant à Monsieur Jourdain, dit toute une phrase en deux mots, et que la seule particule ἐκ contient la promesse ferme à l'église de Philadelphie de son enlèvement avant la grande tribulation… une main devrait suffire à compter ces ficelles habituelles qui transforment l'orateur évangélique en érudit.

La réalité objective reste que le grec du Nouveau Testament ne compte qu'environ cinq mille mots différents, et que n'importe quel écrit de cette étendue en nos langues modernes en utiliserait beaucoup plus, pauvreté relative qui constitue par ailleurs une immense qualité pour la traduction universelle. Il devrait donc être possible à tout chrétien suffisamment motivé, d'arriver à déchiffrer le Nouveau Testament Grec sans trop de béquilles numérotées, renvoyant à un lexicon : c'est là le but de ce livre bilingue, inciter le lecteur au plaisir de lire presque couramment le N. T dans sa langue. Le format Pdf en deux colonnes reste la disposition la plus plaisante à l'œil ; nous ne l'avons pas maintenue pour le format e.pub, dont il ne faut attendre rien de bon dès que la mise en page devient un peu plus élaborée que la simple frappe au kilomètre.

Chacun sait que les manuscrits du N. T se divisent en deux grandes familles les Byzantins et les Alexandrins. Au début du siècle de la Réforme, Erasme, craignant d'être devancé par le cardinal Ximènes dans la publication du N. T. grec, avait ramassé à la hâte les premiers manuscrits qui lui étaient tombés sous la main ; des Byzantins datant du quinzième et du treizième siècle, pris dans la bibliothèque de Bâle. Ce furent ces mêmes textes grecs, reproduits presque sans changements par Robert Etienne, Théodore de Bèze et les Elzévirs, qui fut baptisé un peu plus tard du titre pour le moins usurpé de Textus Receptus. En réaction, la critique du 19e siècle finit par donner une préférence systématique aux manuscrits Alexandrins, sous le principal argument qu'ils étaient les plus anciens. C'est la raison pour laquelle nos traductions modernes se basent généralement sur les Alexandrins, et plus précisément sur le texte établi par Nestle-Aland.

Cependant, d'autres critiques protestèrent qu'il ne fallait pas pour autant confondre le Textus Receptus dérivé d'Erasme avec le texte majoritaire se dégageant de la tradition byzantine. D'après eux, la probabilité que les églises orientales de langue grecque aient perpétué un N. T conforme aux originaux restait très élevée, contrairement aux manuscrits alexandrins qui ne devaient vraisemblablement leur existence qu'à un effort de condensation des diverses versions amplifiées qui proliféraient en occident. Or ces textes occidentaux peu scrupuleux étant naturellement antérieurs aux alexandrins destinés à les contrer, on voit que l'argument qui consiste à juger de l'authencité par l'ancienneté ne tient plus. Aux États-Unis, William Grover Pierpont (1915-2003), génie éclectique, polyglotte autodidacte, virtuose du code Morse, a été le principal promoteur de ce retournement d'opinion, après avoir lui-même pendant trente ans tenu pour acquise la supériorité alexandrine (ce qui exclut toute suspicion de parti-pris). Etant entré en contact vers 1975 avec un professionnel des manuscrits du N. T, Maurice Arthur Robinson, de leur collaboration sortit vers 1990, le désormais célèbre Robinson-Pierpont Byzantine Greek New Testament. Exprimons ici toute notre gratitude envers ces deux hommes, pour les milliers d'heures consummées dans un labeur aride et minutieux, et dont la persévérance jusqu'au bout, ne peut s'expliquer que par la passion de laisser à l'Eglise un exemplaire de la Parole de Dieu qui soit le plus proche possible de sa pureté originelle.

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Quelques mots sur l'appareil critique minimal que contient cette édition électronique :

  • N indique par quoi est remplacé le texte dans la version de Nestle-Aland (27e éd.) ; c'est donc la leçon que suit en général la traduction française, qui est celle de Segond 1910.
  • (Π) Indique le début d'un paragraphe dans l'édition papier
  • B indique une autre variante du groupe Byzantin
Phoenix, le 12 septembre 2014
Ἡλιος Ἀνατολης Soleil d'Orient