Matthieu   3.13  à  3.17

13. Alors Jésus vient de la Galilée, au Jourdain, vers Jean, pour être baptisé par lui. 14. Mais Jean s'y opposait, disant : C'est moi qui ai besoin d'être baptisé par toi, et tu viens à moi ! 15. Mais Jésus répondant, lui dit : Laisse faire pour le présent, car c'est ainsi qu'il nous sied d'accomplir toute justice. Alors il le laisse faire. 16. Or, après avoir été baptisé, Jésus remonta aussitôt de l'eau ; et voici, les cieux furent ouverts, et il vit l'Esprit de Dieu, descendant comme une colombe, venant sur lui. 17. Et voici une voix des cieux, qui disait : Celui-ci est mon fils bien-aimé, en qui je me complais.

PLAN
  1. Jean le baptise
    Jésus vient de Galilée au Jourdain pour être baptisé par Jean, celui-ci s'y oppose, disant : C'est moi qui ai besoin d'être baptisé par toi ! Jésus lui déclare qu'il lui faut ainsi accomplir toute justice, et Jean le baptise. (13-15.)
  2. Les cieux s'ouvrent
    Au moment où Jésus ressortait de l'eau, les cieux s'ouvrirent, il vit l'Esprit descendre sur lui sous la forme d'une colombe et une voix du ciel dit : Celui-ci est mon fils bien-aimé. (16, 17.)
NOTES
3.13 Alors Jésus vient de la Galilée, au Jourdain, vers Jean, pour être baptisé par lui.
  13 à 17 Baptème de Jésus.

Comparer Marc 1.9-11 ; Luc 3.21,22

- Les premiers mots de ce verset marquent le moment solennel où Jésus sortit de sa longue retraite à Nazareth pour être manifesté au monde et entrer dans son ministère ; les derniers indiquent le but précis de ce voyage en Judée, au Jourdain : c'était pour y être baptisé par Jean.

Le baptême de Jésus est l'un des traits de sa vie les plus difficiles à comprendre. Pourquoi lui, le Saint et le Juste, qui n'avait besoin ni de repentance, ni de régénération, voulut-il être baptisé ? A cette question les réponses les plus diverses ont été successivement faites. Il faut écarter d'abord celles qui ne sont pas dignes du Sauveur, ou qui ôtent à son baptême sa vérité et sa réalité intimes, pour y substituer des motifs plus ou moins extérieurs.

Jésus ne se soumit au baptême, ni parce qu'il aurait eu besoin, comme nous, de la purification du péché, ni parce que son séjour parmi les hommes l'aurait entaché d'une impureté lévitique, ni parce que ce baptême aurait appartenu à l'observation de la loi cérémonielle, ni parce que cet acte d'obéissance devait avoir lieu pour nous, à notre place, ni parce que Jésus aurait voulu honorer et sanctionner par là le baptême de Jean ou le baptême en général, ni parce qu'il voulait provoquer par cet acte le témoignage que Jean devait rendre à sa dignité messianique ou qu'il espérait recevoir de Dieu lui-même la confirmation solennelle de cette messianité, dont il n'aurait point eu jusqu'alors la certitude.

Non, Jésus reçut le baptême parce que ce baptême lui était indispensable. Homme "semblable à ses frères en toutes choses," bien que "sans péché," Jésus dut, pendant toute sa vie, fournir une carrière de développement religieux et moral Luc 2.52 dont le terme suprême ne fut atteint que lorsqu'il eut été consommé dans son obéissance absolue envers Dieu, dans son amour sans bornes envers les hommes, et cela, par la souffrance et le sacrifice. Hébreux 2.10,11 ; 5.8,9 La souffrance et la mort furent son vrai baptême Marc 10.38 et tout baptême a cette signification. (Romains 6.3,4, note.) Or la carrière qui devait aboutir à ce terme s'ouvrait alors devant le Sauveur ; il fallait qu'il s'y consacrât tout entier ; tel est le sens de son baptême. Surtout enfin, cette carrière, il ne pouvait l'accomplir qu'en triomphant des plus redoutables obstacles, dans les plus violents combats contre le péché, le monde et la puissance des ténèbres ; qu'en acceptant les plus amers renoncements, jusqu'au sacrifice entier de sa volonté et de sa vie. Pour cela, il fallait qu'il fût rempli de l'Esprit-Saint "sans mesure," Jean 3.34, et c'est ici le côté positif et essentiel de son baptême, (verset 16) qui coïncide avec le témoignage solennel de Dieu (verset 17) acceptant la consécration de son Fils bien-aimé.

Dès lors Jésus commença à mourir selon la chair pour être vivifié selon l'Esprit. 1Pierre 3.18 C'est ainsi que va être accomplie sur la terre "toute justice" (v.l5) par l'œuvre qu'entreprend le Rédempteur. (Comparer sur ce sujet F. Godet, Comment. sur Luc, qui insiste sur le rôle du baptême dans le développement personnel de Jésus, et J. Bovon théol. du N.T., 1, p. 230 et suivants, qui marque la place de cet acte dans l'œuvre rédemptrice en relevant la solidarité qui unit, dans le baptême, le Sauveur à l'humanité pécheresse.)

3.14 Mais Jean s'y opposait, disant : C'est moi qui ai besoin d'être baptisé par toi, et tu viens à moi !
  Parole d'humilité qui est en pleine harmonie avec la déclaration du verset 11 et avec tout le caractère du précurseur. Jean 3.29,30 Mais cette parole, qui suppose en Jean-Baptiste une connaissance si sûre de Jésus comme Messie, est difficile à concilier avec son témoignage dans Jean 1.31-33. (Voir les notes.)
3.15 Mais Jésus répondant, lui dit : Laisse faire pour le présent, car c'est ainsi qu'il nous sied d'accomplir toute justice. Alors il le laisse faire.
  D'autres, sans y être autorisés par le texte original, traduisent : tout ce qui est juste, et réduisent ce mot à signifier : le devoir actuel. (Calvin.)

C'est vrai, mais c'est trop peu. Il faut prendre le mot dans toute sa signification et ajouter avec Bengel : "Toutes les parties de la justice et aussi celle-ci, qui est le gage d autres beaucoup plus grandes." (verset 13, note.)

3.16 Or, après avoir été baptisé, Jésus remonta aussitôt de l'eau ; et voici, les cieux furent ouverts, et il vit l'Esprit de Dieu, descendant comme une colombe, venant sur lui.
  Ces pronoms : il vit, sur lui, se rapportent à Jésus, mais non à l'exclusion de Jean-Baptiste qui fut témoin de l'action. Jean 1.33

C'est à tort que le texte reçu, avec C. D. et la plupart des majuscules, lit pour lui (Jésus) après les cieux furent ouverts.

- On ne peut faire que des conjectures sur ce qui apparut extérieurement aux yeux des spectateurs et qui a pu être exprimé par ce terme assez vague : les cieux furent ouverts. Mais cette parole a un sens spirituel qui n'échappera à aucun lecteur attentif. Comparer Jean 1.51 ; Actes 7.56

-L'Esprit de Dieu qui, au jour de la Pentecôte, descendit sous la forme symbolique de langues de feu, apparaît ici comme une colombe comparez Jean 1.32, image de la douceur, de la pureté, de la simplicité. Matthieu 10.16

Cette expression et celle qu'emploie Luc 3.22 sous une forme corporelle, comme une colombe, ne permettent pas d'entendre cette apparition comme une simple vision intérieure.

3.17 Et voici une voix des cieux, qui disait : Celui-ci est mon fils bien-aimé, en qui je me complais.
  Voici, en grec vois ! annonce toujours une chose inattendue et importante. Luc 5.12 ; Actes 8.27 ; Apocalypse 4.1 ; 6.2 ; etc.

Grec : Celui-ci est mon fils, le bien aimé. Ce solennel témoignage de Dieu, qui sera identiquement réitéré dans une autre occasion, (Matthieu 17.5) proclame le Sauveur du monde, non seulement comme Messie, d'après Psaumes 2.7 ; Esaïe 42.1, mais dans son rapport unique et exclusif d'essence avec son Père, comme Luc 1.35 ; Jean 1.18 ; 3.16

La bienveillance ou le bon plaisir de Dieu en son Fils est un terme hébraïque qui exprime cet ineffable amour que Jésus lui-même se plaisait à rappeler Jean 3.35,5.20,10.17 et dont, par lui et en lui, ses rachetés deviennent aussi l'objet. Jean 1 ; 7.23 ; Ephésiens 1.5 ; 6 ; Colossiens 1.13

Même le temps du verbe (aoriste) : en qui je me suis complu est à remarquer, car il indique ce rapport éternel, toujours le même, dans lequel Dieu se contemple en son Bien-aimé. Jean 17.5

- Dans le baptême de Jésus-Christ apparaît pour la première fois la Trinité divine : Le Père et son témoignage, le Fils qui se voue à son œuvre, l'Esprit qui le consacre pour cette œuvre. Et, au terme de sa carrière, le Sauveur fera de cette triple manifestation, mise alors en tout son jour, la formule sacrée pour le baptême de tous ses rachetés. Matthieu 28.19 comparez 2Corinthiens 13.13, note. Ce n'est pas un thème pour la spéculation, tout est action pour le salut, pour la vie religieuse.

- On lit ici : Celui-ci est mon Fils. Dans Marc et Luc, la parole s'adresse directement à Jésus : "Tu es mon fils." Unité dans le fond liberté dans la forme, selon que le narrateur s'est attaché au sens du témoignage pour Jean-Baptiste et les assistants, ou pour Jésus lui-même.