Adolphe Monod  (1802-1856)



Ouvrages
Explication de l'Épître aux Éphésiens PDF
912 ko
HTML PRC
Lucile ou la lecture de la Bible PDF
687 ko
HTML PRC
Discours
L'Inspiration prouvée par ses œuvres PDF
190 ko
HTML PRC
Jésus tenté au désert ; trois discours. PDF
289 ko
HTML PRC
Doctrine chrétienne ; quatre discours. PDF
330 ko
HTML PRC

Sixième enfant de Jean Monod (1765-1836), un pasteur suisse qui exerça son ministère dans l'Eglise française de Copenhague et dont la descendance compte plusieurs noms prestigieux dans les milieux protestant et scientifique, Adolphe Monod est certainement l'orateur évangélique français le plus remarquable du dix-neuvième siècle. L'historien Michelet, qui avait été l'un de ses auditeurs, écrit de lui : « ... un prédicateur d'une imagination grande et terrible... tous ceux qui l'ont entendu en tremblent encore. »

C'est très tôt, vers quatorze ans, qu'il entend l'appel de Dieu à le servir. En 1820 il part à Genève faire de solides études théologiques. En 1824 il est consacré pasteur ; et pourtant depuis trois ans il lutte avec de graves doutes intérieurs ; il sait qu'il n'a jamais connu personnellement ce salut qu'il est appelé à prêcher aux autres. C'est à Naples, le 21 juillet 1827, qu'après une période de désespoir, Dieu ôte le voile, et qu'enfin il passe par une vraie conversion. Dès lors comme il l'avait souhaité, « sa vie ne s'éteindra qu'avec son ministère, et son ministère qu'avec sa vie. »

La carrière d'Adolphe Monod présente plus d'une similitude avec celle de son contemporain Alexandre Vinet. Leur prédication sans concession rencontrera une certaine opposition de la part des églises établies, mais tous deux feront preuve du même courage et de la même détermination. Le Consistoire de Lyon, où Monod occupe sa première charge pastorale, lui demande sa démission : il refuse, et maintient une ligne fidèle à ses convictions. En 1832, le Consistoire obtient du Ministère des Cultes, sa destitution. Il fonde alors l'Eglise Evangélique de Lyon, qui, par une parole centrée sur le salut, va se développer rapidement. Comme Vinet, Monod est doué de talents littéraires et pédagogiques peu communs ; il les emploiera utilement à former de futurs pasteurs. En 1835 il devient professeur de morale évangélique, d'homilétique, puis d'hébreu, à la faculté de Montauban. En dépit des revers qu'il a essuyé à Lyon, il est demeuré membre de l'Eglise Réformée ; en 1847 le Consistoire de Paris fait appel à lui. Pendant la période bouleversée de la révolution de 1848, sa prédication si biblique et si impressive va marquer la capitale. Enfin et hélas ! comme Vinet la maladie écourtera rapidement sa trop brève existence. Atteint d'un cancer du foie, son dernier ministère sera celui de la souffrance. Un ouvrage bien connu du public protestant évangélique, Les Adieux, a été composé des entretiens familiers qu'il eut avec ceux qui s'assemblaient régulièrement autour de son lit, et qu'ils ont fidèlement recueillis. On pourra trouver également dans ce livre une esquisse biographique, ainsi que quelques extraits de sermons.

Nous ajoutons ci-dessous une Notice sur sa vie, son influence, ses écrits, datant de 1865, par G. Goguel, qui entre autres a le mérite de fournir une appréciation relative au très intéressant ouvrage d'apologétique d'Adolphe Monod : Lucile, ou la lecture de la Bible.



Dieu a soutenu visiblement, jusqu'à sa fin, ce digne ministre de Christ, qui mourut à l'âge de 54 ans, le 6 avril 1856. Après une carrière bien remplie, sa prière continuelle a été exaucée : « Que ma vie ne s'éteigne qu'avec mon ministère, et que mon ministère ne s'éteigne qu'avec ma vie. » Ce fut une grande perte non seulement pour l'Eglise de Paris, mais pour toute l'Eglise protestante de France et même pour le Protestantisme européen qui a vu descendre prématurément dans la tombe celui qui a été appelé le premier des orateurs de la chaire en France, qui enseigna qu'il ne suffît pas de savoir Jésus-Christ, mais qu'il faut avoir Jésus-Christ, c'est-à-dire la vie intérieure et extérieure tout à la fois, la vie chrétienne avec la doctrine, grande pensée qui était le résultat d'une expérience intime, d'une foi profonde et vive. Comme défenseur de la vérité qui est en Christ, a dit M. le pasteur Grand-Pierre sur sa tombe, il avait un coeur de lion ; comme chrétien, il avait le coeur et la simplicité d'un petit enfant, un coeur d'agneau, si j'ose ainsi dire, doux, bon, inoffensif et toujours débonnaire. Il unissait, dans son caractère chrétien, des qualités rarement associées : la mâle énergie de saint Paul et la douceur évangélique de saint Jean.

Nous voulons offrir deux prières d'Adolphe Monod, extraites de ses Adieux à ses amis et à l'Eglise, recueil de ses dernières pensées, de ses derniers entretiens, de ses dernières allocutions et exhortations, de ses dernières prières, pages précieuses dues à sa famille, à ses intimes, qui, chaque dimanche, se réunissaient autour de son lit.

1. Prière sur le lit de maladie.

« O mon Dieu, répands sur chacun de nous toutes les grâces dont tu disposes en Jésus-Christ, avec une libéralité infinie. Accorde-nous la grâce de vivre dans ta communion et de te glorifier, afin que ta volonté soit accomplie sur cette pauvre terre comme elle l'est dans le ciel, par Jésus-Christ notre Seigneur. Regarde dans tes compassions ce monde pour lequel Jésus-Christ est mort, et qui est encore plongé dans les ténèbres, dans les calamités, dans la souillure et dans le crime. Regarde dans tes compassions ton Eglise, que tu as choisie dans le monde et qui s'est détournée de tes saints desseins, et a pris la ressemblance du monde en conservant le nom d'Eglise. Regarde à nous et à tous tes enfants. Regarde à tous ceux qui souffrent. Nous plaçons sous ta protection la nombreuse et touchante famille des affligés, des malades, des prisonniers, des esclaves, des persécutés, surtout ceux qui le sont pour la justice, et des opprimés de toute espèce. Apprends-leur à tourner vers Toi le regard de la foi. Hâte le développement du règne de Jésus-Christ. Qu'il vienne, et qu'on connaisse alors ce que tu as fait en l'envoyant dans le monde ! Amen. »

Réflexions ; le Dieu vivant et vrai.

Cette prière respire une grande ferveur et une confiance plus grande encore. Le serviteur de Dieu s'attend à être exaucé dans ses demandes pour la gloire du développement du règne de Christ. On trouve cette prière après la sixième allocution des Adieux ; elle a pour titre : Dieu glorifié dans la souffrance. La vraie piété, dit A. Monod, demande, aussi bien que la vraie sagesse, et la vraie philosophie, même humaine, un principe unique qui dirige la vie entière et auquel nous puissions tout rapporter ; et cette unité que les hommes s'en vont chercher, les uns dans le monde, les autres en eux-mêmes ou dans un Dieu imaginaire, nous la trouvons, nous, dans le Dieu vivant et vrai, seul saint, seul sage, seul éternel, seul de qui dépend et notre félicité éternelle dans son développement et le bien-être que nous pouvons goûter de jour en jour dans les sentiments de notre coeur ou dans les sensations même de notre pauvre corps...Seigneur augmente-nous la foi !

2. Dernière prière ou testament religieux.

« O Dieu qui es amour, qui ne nous as rien fait, qui ne nous fais rien, et ne nous feras rien que par amour, comment pourrais-je te rendre assez de grâces en voyant ces frères que l'amour rassemble autour de mon lit de maladie, de souffrances, et de ce que Toi seul encore tu peux savoir ! Je me réjouis de leur amour. A qui en a-t-on témoigné davantage? Ne serais-je pas le plus ingrat des hommes si je n'en étais pas le plus reconnaissant ? C'est pourquoi, mon Dieu, je te rends grâce, et je rends grâces encore plus, s'il est possible, pour ton amour qui m'a tant affligé mais tant soutenu ; qui ne m'a jamais laissé, manquer d'aucun secours quoique j'aie souvent manqué de foi et de patience, et que je sois loin d'avoir atteint cette patience parfaite où j'aspire le plus : mais Toi tu as été la bonté même ; et pendant qu'il me reste un souffle de vie et de force, je veux le confesser devant eux. Ta bonté, ta bonté ! mon Dieu! je te rends grâce pour la gratuité avec laquelle cette bonté s'est manifestée en me pardonnant gratuitement toutes mes fautes, à moi, le premier des pécheurs, le dernier de tes enfants, -- mais aussi moi, que tu as comblé de grâces, et dont tu t'es servi pour l'avancement de ton règne jusque dans l'excès de faiblesse et de douleur où je suis aujourd'hui plongé! Oh ! je te rends grâce de ce que tu m'as donné un Sauveur ! Sans lui, je confesse, ô mon Dieu, que je serais irrévocablement perdu, et aujourd'hui dans le plus affreux désespoir. Mais j'ai un Sauveur qui m'a sauvé gratuitement, par son sang répandu, et je veux que l'on sache que je m'appuie uniquement sur ce sang versé, que toutes mes justices, toutes mes oeuvres qui ont été louées, toutes mes prédications qui ont été appréciées et recherchées, -- que tout cela n'est à mes yeux que comme un linge souillé, et qu'il n'y a rien en moi-même de capable de subsister un moment devant la clarté de ta face et devant la lumière de ta sainteté. Mais maintenant ce n'est pas moi qui serai jugé : c'est Christ en moi ; et je sais, je sais qu'il entrera, et moi avec lui, et que lui et moi nous sommes tellement unis qu'il ne saurait jamais entrer et me laisser dehors. Mon Dieu, je te rends grâces, avec tous ces amis auxquels tu as accordé le même privilège et la même consolation, et auxquels tu as daigné, comme à moi, donner le Saint-Esprit pour appliquer à leur âme le don gratuit de la vie éternelle par le sang de Jésus-Christ. Je te rends grâce particulièrement pour ma chère famille ; je te rends grâce pour mes frères, mes soeurs, mes amis, qui ont tous été pour moi des frères et des soeurs, et qui maintenant témoignent, par leur amour et par leurs larmes, de leur tendre sympathie, que je n'ai point méritée en aucune manière, et dont je me reconnais entièrement indigne, mais que tu as mise en eux pour moi, et qui m'est une si grande consolation. Je te rends grâce pour toutes choses ; je te rends grâce pour les consolations que tu as répandues sur cette semaine...pour cette paix signée aujourd'hui même (30 mars 1856, affaires d'Orient), que nous t'avons tant demandée, parce que nous pensons que la paix de la terre est propre à seconder encore, comme elle l'a fait précédemment, la paix qui descend d'en haut. Il est vrai, Seigneur, car je veux être sincère devant toi, que je souffre beaucoup, et que ma joie et mes actions de grâce sont bien assombries par ces souffrances et cet épuisement continuel. Mais tu m'as soutenu jusqu'ici, et j'ai cette confiance que mes prières et celles de ma famille et de mes amis m'obtiendront la patience parfaite. Et maintenant, Seigneur, je les prends, tous ces amis, et je les mets dans ton sein paternel au nom de Jésus, par le Saint-Esprit. Qu'il n'y en ait pas un seul dans cette chambre qui ne soit réuni dans les tabernacles éternels, et qu'assis à la table d'Abraham, d'Isaac et de Jacob, nous puissions nous rappeler, avec une joie sans mélange, le jour qui nous rassemble ! Oh ! mon Dieu ! sanctifie-nous parfaitement, et que tout ce qui nous reste de vie soit employé complètement à ton service. Que ton Esprit habite en nous, et soit l'âme, la vie et la joie de tous, des familles de tous et de leurs affligés ! Oh ! Seigneur, plusieurs de nous ont des malades, des malades bien chers : nous te les recommandons. Je les porte tous sur mon coeur devant toi. Je ne veux pas les nommer, de peur que dans ma faiblesse je n'en oublie quelqu'un, et ne fasse de la peine à quelqu'un de ceux qui sont ici ; mais je les prends tous et les dépose au pied de la croix de Jésus, pour que tu les consoles et les sanctifies. Que ta grâce et ta paix soient avec nous tous, dès maintenant et à jamais ! Amen. »

Réflexions et appréciations ; Lucile et les Adieux.

Les paroles d'un chrétien sur la limite du monde qui finit et de celui qui commence, ont quelque chose de bien saisissant. L'auteur de Lucile ou la lecture de la Bible a, comme son Maître1, terminé sa vie par une prière en faveur de lui-même, en faveur du troupeau qu'édifiait son émouvante prédication, en faveur de ses nombreux amis et de sa patrie engagée dans une guerre lointaine où l'un de ses parents est mort comme aumônier protestant. Cette prière termine les Adieux de la première édition ; avant de la prononcer, le malade dit : « Je n'ai plus de force que pour m'occuper de l'amour de Dieu. Dieu nous a aimés ; c'est la doctrine de l'Evangile. Aimons Dieu : c'en est toute la morale. Sachant à peine si je pourrai me faire entendre, je recueille le peu de forces que j'ai pour invoquer avec vous l'amour éternel et infini de Dieu. »

Tous les dimanches, il y avait dans sa chambre ou dans celle contiguë, trente ou quarante personnes pour l'écouter, pour prier et communier avec lui. Ce sont ses entretiens que sa famille a recueillis, et fait imprimer religieusement sous le titre : Les adieux d'Adolphe Monod à ses amis et à l'Eglise : Octobre 1855 à mars 1856, livre dont la sixième édition vient de paraître, ce qui prouve combien il a rencontré de sympathies dans le monde chrétien, comme Lucile, ouvrage où l'auteur a pour but de combattre les préjugés que l'ignorance et l'indifférence amoncellent entre l'âme et la révélation divine, et de montrer de quelles pauvres raisons se contentent, et celui qui repousse la Bible par esprit d'incrédulité pour se donner des airs de philosophe, et celui qui la rejette par esprit d'obéissance à une Eglise qui met la vérité sous le boisseau. Ce livre a été beaucoup lu ; il l'est encore, et l'est avec fruit. Il y règne une noble simplicité, et le raisonnement n'en exclut point l'onction ; tout y est vrai, clair, persuasif ; l'ignorance et le savoir incomplet y sont combattus tout à la fois. Personne ne pouvait mieux concevoir un pareil livre que l'ancien pasteur de Lyon qui eut toujours des rapports avec une foule d'âmes qui aspiraient à être éclairées des lumières de l'Evangile, comme M. Merlin, officier supérieur en retraite2, décoré à Wagram (1809), mort à Bruyères (Vosges), en septembre 1864, âgé de 76 ans, catholique de naissance, qui eut le bonheur, sous l'influence d'Oberlin, de Daniel Legrand et d'Adolphe Monod, de rester fidèle à la foi évangélique jusqu'au dernier moment. Dans Lucile, Mercier est le portrait frappant de M. Merlin, d'après l'article nécrologique inséré dans l'Espérance du 7 octobre 1864, par M. Jæglé, pasteur à Saint-Die. Parmi les écrits d'Adolphe Monod, il y a encore le Récit des conférences en 1834 avec des catholiques ; trois séries de Sermons et des discours détachés. Il a laissé un nom digne de tout respect.

G. Goguel, 1865



1
Evangile selon saint Jean, chapitre 17.
2
Sa carrière fut brisée par suite d'un accident, mais il se rendit utile comme administrateur et bienfaiteur de la commune de Bruyères. Dans ses loisirs, il a publié deux ouvrages qui ont un caractère religieux, Le château de Carchran et Alsace et Lusitanie.

Sommaire